VAGABONDE



La première de VAGABONDE à Sherbrooke QUEBEC

Vagabonde: la conteuse rebelle

par Marie-Noelle Doucet-Paquin
photo: Martin Desautels
« Et comme ça : tout le monde est mort, merci! »
Voici les derniers mots de la conteuse Myriam Pellicane, quand elle livre son tout nouveau spectacle intitulé Vagabonde. Elle les a prononcés avec un malin plaisir! Cette conteuse-sorcière-gamine-corbeau brave les interdits et nous surprend avec sa délicieuse folie. On ne peut résister à son charme.
Vagabonde, c’est une série de quelques contes ponctués par le son de sa merveilleuse cloche qui résonne sans fin. Les spectateurs sont suspendus aux lèvres de la grande gesticulatrice. En effet, son corps impressionne. Elle bouge beaucoup, comme une étrange bibitte. Sa présence fascine et pique toujours notre curiosité.

Cette adolescente de 285 ans nous présente des personnages arrogants, naïfs, surréels, avec une légèreté qui lui donne l’air d’avoir 5 ans. Moqueuse, elle sait réveiller notre cœur d’enfant en nous contant des tragédies comme s’il s’agissait d’histoires sans conséquences. Des histoires drôles à conter, même si à la fin, tout le monde meurt!
À un moment, Myriam Pellicane dit : « J’ai fait une promesse ». Elle sort ses lunettes et un long papier roulé, enrubanné, et nous chante un message qui m’est allé droit au cœur. Elle y parle d’origines, celles des peuples d’ici, en osant nommer le génocide culturel des autochtones. Elle chante avec son cœur, avec ses tripes. Elle nous livre son âme, avec une voix parfois éraillée, parfois d’une clarté déconcertante.
« Tant pis pour la France », c’est ici qu’on a pu écouter en primeur ce spectacle qu’elle a développé en résidence aux festivals de conte des Îles de la Madeleine et de Trois-Pistoles. Bien fait pour nous!





  
Extrait de presse : la revue du conte « la grande oreille » par Emilie Rossignol :



Vagabonde ou la vitalité du merveilleux

Dans le cadre du festival des Arts du récit en Isère, Myriam Pellicane a fait déambuler le public au Musée Dauphinois (1) avec les Gens des Alpes (2), un vagabondage dans les contes merveilleux populaires.

N'allez pas croire que nous étions au cœur du mièvre et du naïf avec des princes et des princesses vivant allègrement, dans leurs châteaux, pour l'éternité auprès de leurs marmots.

Ce fut l'occasion de découvrir un pan du répertoire traditionnel sous une lumière peu commune, un merveilleux à la croisée du macabre et du fantasmagorique.

Une fois encore, Myriam Pellicane, a mis sa technique et son art de la parole au service du conte, toujours dans un esprit en apparence déjanté, mais issu d'un travail de longue haleine. Lorsqu'on la voit, avec ses costumes et ses coiffures insolites, cette conteuse est déjà, à elle seule, tout un univers. Cet univers se déploie pour emporter le public vers une puissante et surprenante traversée... ici ponctuée de sang, de chair, d'amour, de quête et de facéties.







Etre conteuse, c'est aussi un mode de vie.
Je pratique ce métier pour le plaisir de la rencontre et c'est aussi parfois, c'est un geste vers l'infini. Quand je cherche des histoires, ça ressemble à une activité secrète, j'essaie d'atteindre les étages interdits des bibliothèques, je fais un pas de côté, j'interroge les vieux conteurs, j'en trouve parfois au cinéma, je collecte chez les adolescents, j'essaie aussi de me souvenir de mes rêves, je marche seule la nuit.
J'ai aussi des impressions de voyage qui m'ont tenu éveillée, j'observe les pratiques inédites
urbaines qui pourraient bien nourrir certains archétypes oubliés.
Il y a la peur, les 7 voiles qui recouvrent la merveille, les vaisseaux fantômes, les enfants avec des cheveux blancs, les enfers et le domaine des rois où je braconne.
A force de raconter, j'ai l'impression d'entrevoir cette nuit où l'on perçoit carrefours et chemins, comme au fond du terrier d'Alice.
Et puis vient la danse, comment mon corps transmet une aventure, comment j'équilibre mes emportements et la matérialisation du sol, comment je conserve mon affection impartiale pour tout ce qui surgit, comment je trace avec la fragilité d'un papillon migrateur.


Raconter des histoires, je ne sais pas à quoi ça sert, c'est une arme, une sorte de pouvoir personnel qui se trouve dans l'invention de son propre langage, c'est une façon de partager un tatouage secret, je peux mettre des visages sur les gouttes de pluie ou mettre des tournesols à la place de la tête des gens, tout dépend de ce qui se passe au moment où je raconte.


"Un spectacle comme je les aime : avec un contenu riche, mais sans artifice!"
un spectateur 





Présentation de la conteuse :
Petite, elle est algérienne. Son terrain de jeu favori : les maisons bombardées, les ports engloutis,
les cimetières, le Far-West du Hoggar, les Fantazias.
Ses partenaires : une armée de gosses et toutes les bêtes sauvages.
Adolescente, elle devient française. Son terrain de jeu favori : la ville, les lieux interdits, les Sex Pistols, la boxe thaï, la scène.
Ses partenaires : une bande de punks, quelques singuliers, des aristos, des goths, des magiciens de tous poils, des exclus.
Goulue d'anthropologie sorcière et de mythes, performeuse de la parole, elle assemble dans son jeu, danse et geste vocal,  dinguerie et maîtrise pour revisiter le conte merveilleux en mêlant l'humour décalé et le frisson du fantastique. 
Kung-Fu, mangas, musiques trad, improvisées, rock'n'roll, autant d'outils de travail  pour pratiquer le « Abracadabra », pour réinventer des formes, aller tout au fond, approcher l'autre, invoquer, dépecer les histoires mémorables pour leur donner un nouveau souffle, une nouvelle énergie.
Myriam Pellicane est une conteuse qui plait à tous les publics audacieux :  elle surprends par la grande singularité de sa personnalité et de son univers.




Myriam Pellicane et la Compagnie Izidoria :

Les histoires agissent sur la vie intérieure, elles parlent du monde.
Je suis conteuse depuis 20 ans, j'ai crée la Compagnie Izidoria en 2005 parce que pour moi le travail de recherche est aussi important que la représentation.
Cette compagnie rassemble des artistes de toutes disciplines, des aventuriers.

La voix qui raconte est aussi importante pour moi que la musique qui joue au loin, l'oiseau qui m'accompagne, le vent dans les branches ou la rumeur du public, il n'y a jamais pour moi de fond sonore.
Afin de maintenir cette écoute organique, je travaille depuis plusieurs années avec Mireille Antoine et Vicente Fuentes sur l'exploration vocale, (tous deux issus du Roy Hart).
Il en va de même pour le corps qui bouge en prémisse aux mots, un corps attentif à trouver l'honnêteté et le rythme propre à une histoire. Le regard de Mireille Antoine sur mes spectacles m'aide à définir cette trajectoire.

Eric Delbouys, batteur et improvisateur, avec qui j'ai beaucoup joué, m'a justement appris à trouver ce rythme en plaçant son exigence sur le fait que ce rythme n'est pas le mien, mais celui du monde où de l'histoire en cours.
Par ailleurs, Didier Kowarsky m'a transmis cet état de conteur « abstrait », celui du conteur qui se laisse dévisager, celui du conteur « sans visage » qui se trouve en scène comme un enfant abandonné au coeur d'une monstrueuse machine à vapeur (qui serait l'histoire) et qui d'un coup, sans y avoir pensé et sans la moindre hésitation, tourne un écrou et s'aventure. C'est ainsi que je touche à l'intention contenue dans les histoires.
Je suis au quotidien de mon métier en lien avec des adolescents, je me sens proche de leur royaume, de leurs secrets et toute la richesse contenue dans la culture manga, leurs questions sur la nature humaine et leur errance.
Je soutiens aussi la jeune génération à travers la formation ponctuelle que je mène avec des conteurs professionnels sur le thème du conteur et ses interdits. Avec ces nouveaux talents, je tente de transmettre mon énergie et mes doutes et la nécessité d'une discipline dans ce travail audacieux. Le conteur est pour moi un brigand des grands chemins, un poète, un musicien.



Mireille Antoine : direction artistique du projet Vagabonde

Comédienne, marionnettiste, metteur en scène.
Formations et empreintes marquantes :
Roy Hart Théâtre (Vicente Fuentès)
Théâtre du Mouvement (Paris, Claire Heggen)
Chant tzigane (Ida Kelarova)
Chant populaire (Giovanna Marini)
Gestuelle et rhétorique Baroque (Nicole Rouillé) 

Mireille Antoine poursuit une recherche vocale avec le Roy Hart Théâtre depuis 1978.
Son travail s'appuie principalement sur le réveil de la mémoire sensible et l'exploration des possibilités vocales au service du jeu de l'acteur.
L'histoire est « une mise en partition », la pensée est « chair », le sens nait de la matière sonore, de la vibration, de l'énergie des mots et de l'engagement personnel dans ce qui est en cours




La grande leçon de l'art populaire est celle de l'économie. Raconter des histoires est fonctionnel, lié au geste qui soutient le travail du corps, nous sommes contraint au choix, donc au dépouillement. Rien n'est gratuit ni complaisant.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire