l'homme JAGUAR Guyane

Printemps 2019 ! Création ZAWA PINIM l'homme Jaguar la Cie BardaF! c'est parti, je suis apprentie, auprès des adoslescents Teko-makan et de ce conteur Lénaïc Eberlin en pleine mutation, je reçois un autre éclairage sur ce que les anthropologues ont consigné dans les livres. Ainsi, le mythe de l'homme Jaguar se renouvelle avec l'actualité brûlante de ce peuple légendaire en voix de disparition depuis la colonie française en 1604 qui continue de faire ses ravages en Guyane...
Comment célébrer les rêves amazoniens? nous, petites miettes blanches, rejetons du capitalisme cannibale...de façon inattendue on perçoit comment nos cultures se confondent et activent des espaces de résonance et d'invention, qui témoignent de notre désarroi face à nos conditions respectives.






Les amérindiens appellent l'homme Jaguar ZAWA-PINIM lorsqu'il est sous sa forme de Jaguar et CHIMBE lorsqu'il est sous sa forme de Chauve-Souris Géante.

L'homme Jaguar est à la fois homme, femme, jaguar et chauve-souris géante.

Le mythe de l'homme Jaguar raconte que les peuples premiers d'Amazonie étaient mi-hommes, mi-femmes, mi-dieux.

Ils se regroupaient en tribu autour de leur forme animal : il y avait le clan des Anacondas, celui des Tapirs, des Singes Hurleurs, etc... les hommes Jaguars étaient une tribu très ancienne, très puissante et encore aujourd'hui très populaire dans la culture amérindienne.


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l’homme Jaguar
Zawa-Pinim

Création 2019
Cie Bardaf!

Lénaïc Eberlin - Conception et récit
Philippe Rieger (Gaston)  création sonore

Myriam Pellicane - Mise en scène
 Léa Magnien et Quentin Chantrel (Collectif Lova Lova - Cayenne) - Costumes
Odile Kerckaert - Régie générale -Chargée de production
Marta Carrillo - Chargée de diffusion
Éric Navet - Consultant, Professeur émérite d’ethnologie à l’université de Strasbourg, chercheur auprès des amérindiens Teko, Guyane Française. 






Brésil-Guyane, la frontière la plus longue de France, à l’embouchure du fleuve Oyapock et de la rivière Camopi, Lénaïc Eberlin rencontre les Teko et les Wayãpi, peuples amérindiens et français. Accompagné par l’esprit des légendaires guerriers Makan, il plonge au coeur de la mystérieuse jungle amazonienne. Il explore ce monde inconnu, interdit mais bien réel qui lui révèle une mythologie vibratoire, redoutable. Fragments de rêves, visions fugitives, Lénaïc partage les rires et la détresse des jeunes amérindiens.
Son récit témoigne de la richesse d'une mythologie cachée.
Amazonie en chantier, terre pillée, orpaillée, décharge à ciel ouvert, pirogues courants sur le fleuve, Lénaïc voltige autour de sa platine à manioc et recueille, entre sacs poubelles et boîtes de conserves, la survivance d’une oralité saisissante.
Un voyage dont il ne revient pas indemne. 


un hommage à la résistance des peuples amérindiens.
Les mythes de tradition orale dans les sociétés tribales sont des repères lors des rites initiatiques, ils intègrent la réalité, ils sont vivants, ils débusquent les pièges, les peurs, interrogent la communauté.
Pour un conteur de Muttersholtz en immersion dans les villages du fleuve auprès des familles sous le carbet cuisine, c'est une prise de conscience hallucinante d'observer à quel point les aventures de l'homme Jaguar témoignent encore aujourd'hui d'une réalité et d'un art de vivre hors du commun.
A tous les niveaux, cette vie le met en apprentissage.  
Le mythe se révèle et lui transmet l'indépendance et la fraternité pour le destin de tous les peuples.
Un regard attentif sur ces "oubliés de la république".

Cette grande saga de l'homme Jaguar nous invite à nous connecter à tout ce que nous avons mis de côté.
Emerge alors le rêve d'un changement de cap, d'une écologie subtile, joyeuse et sacrée à réinventer.
Animaux, végétaux, minéraux, humains, entretiennent avec leur environnement naturel et surnaturel des relations extravagantes. Ils provoquent des tremblements, nous plonge dans le noir, aiguisent nos sens, nous font découvrir un ailleurs où il faut aller, nus et authentiques.

Un récit fait de jeux de guerre et d'amour, de magie irrévérencieuse et de ruse désopilante.
Un voyage où tous les contraires, tous les paradoxes s'harmonisent pour confondre nos arrogances et nos certitudes.
Un récit comme une danse faite des gestes quotidiens qui nous emmène vers une apocalypse édifiante.
 
Depuis la colonisation, les fléaux successifs ravagent les amérindiens de Guyane (Teko, Kalin'na, Lokono, Wayapi, Wanaya, Paykweneh) : missions religieuses, épidémies, orpaillages, commerçants, pollution des mines, pollution mentale, politique, francisation, suicides, école inadaptée...
Dans le coeur des amérindiens, une tristesse profonde cohabite avec le courage et la connaissance.
Lénaïc Eberlin a choisi de se fondre dans leur histoire où le rire, la poésie, l'innocence, la lucidité, l'insolence sont des qualités irréductibles. 

Depuis longtemps, dans les rêves des jeunes "Makan"(Guerriers) de la forêt guyanaise, une voix se fait entendre :
"un grand guerrier légendaire est de retour parmi nous, il vient pour nous mettre en garde, nous prévenir de grands dangers, il va falloir se battre, être fort, pour sauver notre corps et aimer notre terre..."

 
Note d'intention
Lénaïc Eberlin : collectages et investigations en Guyane
Mythologie amazonienne: héritages et transmissions


La création de l'homme Jaguar est le fruit de voyages succéssifs en Guyane.

Entre immersions, collectages et créations in-situ, Lénaïc Eberlin pose un point de vue d'artiste conteur pour témoigner de la survivance des mythes amazoniens aujourd'hui.

Une démarche d'apprenti auprès des Amérindiens lui donne un autre éclairage sur ce que les anthropologues ont consigné dans les livres. Ainsi, le mythe de l'homme Jaguar se renouvelle avec l'actualité brûlante de ce peuple légendaire en voix de disparition depuis la colonie française en 1604.



Il lui faut réactualiser le mythe pour célébrer les rêves amazoniens.

Ainsi les familles Amérindiennes rassemblées autour du cachiri pourront à nouveau en rire, et de façon inattendue percevoir comment nos cultures se confondent et activent des espaces de résonance et d'invention, qui témoignent de notre désarroi face à nos conditions respectives.

 
1 - Les Noirs-Marrons de Guyane

En 2011, lors de son premier voyage en Guyane sur le fleuve Maroni, Lénaïc Eberlin rencontre les Bushinenges (les Noirs-Marrons), un peuple qui vit dans la forêt amazonienne comme les Amérindiens.



"Parmi les Noirs-Marrons fuyant l'esclavage au Surinam, les Bonis vont se distinguer des autres de ces groupes en refusant un traité de paix avec les puissances coloniales, les amenant à faire la guerre contre celles-ci puis à s'établir dans l'actuelle Guyane Française. La résistance africaine en Amérique fait partie de leur histoire et de leur identité. Aujourd'hui elle souffre de la difficulté des transmissions entre anciennes et nouvelles générations de cette population de Guyane.

Outre la Guyane, le monde Noir ne peut que gagner à apprendre et à réapprendre l'histoire de ce peuple immensément authentique, courageux et admirable."

extraits des paroles de Sandro Capo Chichi



2 - Les Teko de Guyane


En 2013, suite à la visite d’une délégation Amérindienne Teko de Camopi dans le village natal de Lénaïc Eberlin, Muttersholtz, un projet de jumelage se tisse entre les deux communes.

Lenaïc Eberlin prends alors conscience des problèmes majeurs dont sont victimes les peuples premiers de Guyane.

2017, un nouveau voyage le long du fleuve Oyapock pose les premiers jalons de ses aventures en Guyane. Au contact des jeunes Teko, il prend la mesure de l'intensité du mythe de l'homme Jaguar qui  se retrouve en morceaux authentiques, éparpillés dans telle danse, tel masque, tel regard, telle façon de cuisiner.

Il se livre aux jeux de la rencontre, des pistes s'ouvrent, autour de la platine à manioc où les Teko cuisent les galettes, où s'échange une parole qui a du coeur, celle qui réanime les héros légendaires, icônes de la dignité et de la résistance Amérindienne.



O==II==O

Histoire et Actualité

La mémoire collective et la tradition orale sont des repères agissants pour ces peuples confrontés à l'orpaillage dévastateur, aux garimperos, à la pollution, aux suicide des jeunes.



Les garimperos sont des chercheurs d'or clandestins.

Il y a un millier de sites illégaux au cœur de la forêt amazonienne.

Déforestation, destruction du sol avec motopompes et concasseurs, utilisation du mercure pour s'agglomérer avec l'or et former des pépites.

Tous ces travaux déversent boue et mercure dans les criques et les cours d'eau et cette pollution infeste les poissons et contamine les populations autochtones, particulièrement les enfants.

S'ajoute aujourd'hui à tout ceci l'orpaillage légal, apparaissent les projets de méga-mines sur les terres sacrées des Amérindiens, la forêt est défigurée par les bassins de rétention des boues infestées de cyanure et dont les digues risqueraient de céder comme cela s'est passé au Brésil en 2015 sur les terres du peuple Krenak.

Les tribus amazoniennes depuis toujours voient la colonisation comme une suite de « bracages » dans une course au gain, ponctuée de pillages, de massacres, de mise en esclavage de tout un peuple.

En Guyane, sur la trentaine de tribus Amérindiennes recensées au début de la colonisation, aujourd'hui il n'en reste que six.

Actuellement, les 6 premières nations Amérindiennes de Guyane sont les Kali'na, les Teko, les Lokono, les Paykweneh, les Wayana, les Wayapi. Ces premières nations se mêlent aux autres populations : les métropolitains, les créoles, les Bushinenges, les hmongs, les migrants (Brésil, Guyana, Surinam, Haïti, Chine, Inde, Syrie, Liban, Afrique de l'Ouest, Pérou).


Le Pois(s)on d'or  - photo Léa Magnien -


Il faut se rappeler que les premiers colons avec leur religion avaient pour mission d'aculturer, « de tuer l'Amérindien et de garder l'homme »,de « transformer l'animiste en bon sauvage évangélisé ». Aujourd'hui on parle souvent d'eux comme de chômeurs qui perçoivent le R.S.A. Mais que veut dire « chômage » pour un autochtone ?

Vaincus, sans jamais avoir perdu, relégués au rang de minorité sur leur propre terre, la survivance de leurs mythes représentent une puissance immaterielle qui continue d'opérer spirituellement comme un rempart à tous les outrages.



Pour nombre d'Amérindiens et Amérindiennes, ils et elles sont les petits enfants de grands guerriers farouches qui ont combattu et résisté face à l'envahisseur européen.

Lorsque les Amérindiens en parle à Lénaïc Eberlin, celui ci entends déjà ces récits comme on écoute un mythe ou une grande Saga familiale. Il s'étonne de la qualité de ces histoires, du feu qui brille dans les yeux des grands-mères ou de la grande tragédie qu'elles rapportent comme si c'était hier.

Il constate que ces chefs légendaires en rebellion contre l'opresseur ont rejoint les héros irrévérencieux que l'on retrouve dans leurs mythes fondateurs. Ainsi, les traditions orales ont conservé un état de perception originel, où toutes les valeurs sont intactes et transmises avec l'exigence d'une haute considération.



Lénaïc Eberlin emprunte la piste de l'homme Jaguar pour se fondre dans ce langage propre au mythe, il se libère de tous les carcans du bien pensant, de tous les codes pour s'attacher à l'expérience sensible.

Il s'agit tout d'abord de traduire à l'oral ces mythes qui se racontent habituellement en langue Teko.

Il reçoit cette traduction française orale des jeunes Teko dans un mode scolaire et poli qu'ils ont appris à l'école, mais bien vite arrive l'audace et l'insolence d'une poésie en jeu qui s'accorde naturellement à leur façon d'appréhender le monde.



Teko: comme beaucoup de noms des différentes tribus de la planète, Teko veut dire tout simplement "humains" ou "vrais hommes". Plus tard les colons français leur donnent le nom d'Emerillons.

Les Teko sont un peuple constitué de la tribu "Kouchili" et du clan des Singes Hurleurs, comme ils vivaient dans les arbres, ils ont été plus résistants aux maladies apportées par l'envahisseur européen contrairement à ceux qui vivaient au sol.

"Avant que vous arriviez sur nos terres, on vivait dans l'abondance, on avait pas besoin de travailler, c'était la guerre permanente entre les différentes tribus d'Amazonie mais nos peuples de guerriers avaient des valeurs."

C'est précisément cet esprit "Makan" contenu dans les mythes qui fait qu'aujourd'hui les jeunes Amérindiens peuvent retrouver la fierté d'être des Teko-Makan.

"Notre monde est fait de plusieurs mondes et aucun n'est une marchandise. »



Leurs mythes leur transmet un discours ferme, mâtiné de sagesse.

Lénaïc Eberlin observe :

«  Dans le village de Camopi, je vois passer un Teko qui se déplace comme un alcoolique, je lui demande si demain il peut m'emmener dans sa pirogue en expédition, trois jours plus tard, nous partons. Dès qu'il est dans la forêt, il devient un Dieu. Plus tard, sur le fleuve, il commence à renégocier et là je contemple l'homme Jaguar avec toute sa roublardise, me voilà piégé ». Ainsi Lénaïc Eberlin se passionne à reconnaître l'humour, l'indépendance et la conscience dans leur façon de faire: tir à l'arc, observation des animaux, connaissance du fleuve, cuisine traditionnelle, vannerie, poterie, contes, mythes, musique, danse, peintures corporelles, ce que nous appelons "poésie" et qu'ils nomment "magie" ou "chamanisme", tout ce qui se rapporte à "leur yeux qui voient l'invisible"...



Il y a urgence à redonner des espaces pour que ces mythes et ces pratiques se réactivent chez les autochtones en recherche de référence et surtout d'action.

L'alcoolisme fait ses ravages, il y a aussi la télévision, arrivée chez eux en 1998, ainsi les repères se brouillent, de plus en plus d'extrêmes cohabitent et provoque le chaos :

"pourquoi les blancs savent tout et nous on ne sait rien?...
Avant je partais me coucher après avoir écouté les histoires de mon grand-père et de ma grand-mère. Maintenant c'est la télé qui me raconte des histoires.... »
Arawak-Kali'na, village Taluen, Wayana



Dans le passé, face au fer de la servitude, les Amérindiens ont souvent préféré la fuite ou la mort.

Ils avaient la connaissance des plantes et d'une certaine manière, leur honneur était sauvé et ils entraient dans la légende. Aujourd'hui dans le silence et l'indifférence sévit une terrible épidémie de suicides : parents, adolescents, grands-parents se donnent la mort avec une bouteille de désherbant ou une corde...



Pourtant, les mythes amazoniens nous racontent que l'homme à la peau cuivrée n'a pas peur de la mort, comme le Jaguar bondissant, la mort est un jeu. Le peuple d'Amazonie possède le vrai courage.

Pourtant, sans le chaman et ses rituels liés aux étapes de la vie et aux maladies, l'ombre d'un proche qui s'est donné mort, voilà ce qui les fait trembler de peur.

« Même si cela a toujours existé, depuis quelques années, les suicides dans les territoires amérindiens ont beaucoup augmenté. Des associations, des médecins ou des sociologues essaient de faire de la prévention, mais il y en a toujours autant. Peut être notre problème résulte du fait  qu'il n'y a plus de grands chamanes à Camopi. Le dernier est mort quand j'avais 7 ans. A cette époque, il y avait peu de suicides car il nous protégeait des mauvais esprits.." Edward Jean-Baptiste, Anôgog, Wayâpi/Teko



Lénaïc Eberlin consacre beaucoup de temps à être témoin, sur les pas d'Eric Navet son ami anthropologue, qui lui même suivait l'injonction de Jean Malaurie : « La situation de témoin impose des devoirs »

Au contact de la J.A.G. (la Jeunesse Autochtone de Guyane) et quelques un(e)s de leurs porte-parole comme Amandine Mawalum Nyx Galima (la dernière Ombre), il réalise que malgré tout, les peuples premiers s'organisent, et que leur parole et leurs actes ont l'éloquence et le talent de leurs ancêtres.



Lénaïc Eberlin comprends qu'il existe d'autres voix, celles qui montrent le chemin de l'équité, vers une culture oubliée qui pourrait nous aider à rêver et à construire un monde meilleur.


3 - Création "les Singes Hurleurs" avec 11 jeunes Teko-Makan et l'équipe de la création de l'homme Jaguar.
Février 2018, Lénaïc Eberlin et la Cie Bardaf! organise une résidence de création à Camopi en Guyane, un projet de spectacle mettant en scène des collégien(ne)s volontaires, Teko et Wayapi sur les 15 jours de vacances scolaires.

Lénaïc Eberlin collecte auprès de ces jeunes des mythes qu'ils ont ont reçu oralement dans leurs familles.

Anaconda, Tapir, Tamanoir, Tortue, Toukans, Perroquet, Caïman noir, Singes Hurleurs, Jaguar, Chauve-Souris autant de singularités et de tempéraments dans lesquels ils se reconnaissent.

Des repères qui valorisent leur identité culturelle tel un bestiaire amazonien.

Ces adolescents discrets et introvertis au premier abbord révèlent tout à coup leur talents inné d'artistes.

Une prédisposition à exprimer tous les paradoxes, tous les mystères et la grande complexité de la Guyane actuelle.

Dans leur jeu en scène se dessine une présence où se manifeste leurs condition sociale extêment précaire (victimes de la cupidité des envahisseurs industriels succéssifs et de l'abandon sanitaire) et leur sens corporel ultra développé qui les inscrit dans un univers prédateur naturel, harmonieux mais dangereux, qui leur confère la ruse de l'homme Jaguar, le flegme de la Tortue-Makan et la fulgurance de la Chauve-Souris.

Se dévoilent chez eux une parole infiniment douce et délicate, qui sait équilibrer l'instinct et la maîtrise, la détente et la rapidité à l'image des êtres vivant en forêt amazonienne.






Août/Septembre 2018, Lénaïc Eberlin invite les 11 adolescents, « les Singes Hurleurs » pour une résidence lors du Festival de l'Avide Jardin à Muttersholtz. A cette occasion, la Guyane est mise à l'honneur : tables rondes, droits des autochtones, projections, expositions, spectacles, concerts.



Bénévoles, animateurs, éducateurs de Muttersholtz et de Camopi, toute la Cie Bardaf! et les familles de Muttersholtz se mobilisent autour de ce projet.

Odile Kerckaert coordonnent le travail en réseau entre les familles et associations de la métropole et de la Guyane, accompagnement sociale et individualisé, médiations.

L'équipe artistique du projet de l'homme Jaguar au complet est investie : Caio Miguel Montoro musicien brésilien, Léa Magnien costumière et le collectif lova lova de Cayenne, Odile Kerckaert régisseuse générale, rejoignent Lénaïc Eberlin et Myriam Pellicane metteuse en scène pour mettre en oeuvre le spectacle des Singes Hurleurs qui se jouera deux fois pour le Festival en plein Ried amazonien de Muttersholtz.

Pour toute l'équipe de la Cie Bardaf! et le public du Festival ce fut une aventure inoubliable.



Dans le cadre joyeux, ludique et sécurisant de la Cie Bardaf ! les adolescents autochtones retrouvent leurs capacités ancestrales à se construire collectivement, dans le cadre d'un projet de citoyenneté sans frontières et de fraternité entre les peuples.

Ils prennent conscience de l'intérêt de leur culture en exprimant leur talent inné de conteurs Teko-Makan en lien avec les grandes questions de la défense des valeurs universelles de liberté et de justice, du droit des peuples autochtones à travers les enjeux de la représentation.

Il faut rappeler que la situation des jeunes amérindiens de Guyane s'aggrave considérablement.

Marqués par le suicide de leurs proches, la déforestation, la pollution, ils ont un besoin urgent de rencontres, d'espace de paroles pour s'exprimer enfin sur les sujets sensibles : les ainés portent la responsabilité des plus jeunes, les filles souffrent de leurs non-droits face au mariage précoce en tant que citoyenne française.

Face à leurs détresse et leur angoisse, les artistes de la Cie Bardaf! recréent une famille auprès de qui les jeunes peuvent se confier.



Un souffle poétique d'une qualité exceptionnelle voit le jour dans le collectif des Singes Hurleurs.

Aux travers des mythes, les adolescents prennent conscience du trésor de leur langue Teko, de l'intérêt de bien parler français, de l'importance de leur culture comme moyen d'épanouissement.



A les écouter, à les regarder raconter leur histoire, raconter leurs mythes, Lénaïc Eberlin constate que notre langue en métropole a perdu ses repères corporelles, organiques.

Quand le jeune Teko-Makan raconte, il intègre le grésillement du monde, dans un jeu simultanée d'émotion, il évolue dans une double attention entre lui et le spectateur comme en forêt entre lui et la faune environnante.



" En t'écoutant, j'ai l'impression de voir germer les contes à l'oeil nu. La langue dans laquelle tu me plonges est bien plus vaste que l'homme, un verbe palpitant et contagieux dont je pressens qu'il fut aussi le nôtre, avant l'invention de l'écriture.
Ici les mots trottent encore en liberté, comme s'ils venaient à peine de surgir, ou que leur sens en mutation, leur vibration diffuse n'appartenaient pas seulement à l'homme mais à tout ce qui l'entoure."

Anne Sibran – l'Enfance de l'homme tigre


Lénaïc Eberlin sur le terrain de jeux des jeunes Amérindiens, se met à l'écoute de leurs gestion du mouvement (grimper aux arbres comme un singe, conduire une pirogue à travers les sauts, viser un fruit très haut dans un arbre avec un bâton, bondir et courir comme un jaguar en pleine forêt) attentifs de leur énergie qui varie selon les évènements (la nuit, le jour, la pluie, la brume, le silence, l'invisible), il constate une disponibilité au plaisir du théâtre multidisciplinaire (invention dans le phrasé musicale d'un récit, vivacité de l'oeil, puissance dramatique et capacité d'écoute incommensurable quand on leur raconte un mythe)




Des expériences sensibles cumulées pour affûter la parole lors de la création de l'homme Jaguar



Plongé dans l'aventure des Singes Hurleurs, c'est l'ocasion pour Lénaïc Eberlin de travailler en miroir :

improvisations autour des grandes figures du bestiaire amazonien, pratique du DJOKAN (art martial guyanais) tambour, tule (flute Teko), peintures corporelles, des expériences qui lui prouve que le mythe s'intégre dans notre époque avec jubilation.

Les adolescent(e)s Teko ont la grâce des héros de la légende Makan, ils portent le sacré de façon naturelle sans se priver de l'émancipation qu'offre la société d'aujourd'hui.

Par exemple, la vision d'une décharge sur le chemin de l'abati (parcelle itinérante cultivée) ne gênera pas l'intensité du voyage.

Les Teko harmonisent dans leur univers ritualisé et sacré les esprits de la forêt et le moteur d'une débroussailleuse rotofil, la folie d'un Sound-System ou d'un Hip Hop local et le silence du Caïman noir sans jamais introduire d'opinion ou de jugement, c'est la réalité, tout est bon pour renaître.



Lénaïc Eberlin mesure l'inconcevable boucan naturel que produit la forêt amazonienne et qui fait partie intégrante de la vie des adolescents Teko :

le chahut de millions d'insectes qui stridulent un son métallique à intervalles réguliers, l'étrange cohorte de grillons qui émettent une espèce de sirène aigue continue, trompettes, vrombissements, henissements des oiseaux, ricanements, lamentations, bruissement et craquement des arbres, crécelles des grenouilles, rugissements et beuglements des sons gutturaux des singes hurleurs.

La posture du corps devient posture voccale.



De la même façon, en Alsace, les adolescent(e)s Teko sont à l'écoute d'une harmonisation possible entre le bruit d'un aspirateur et leur tambour Kali'na, le sifflement d'une flèche et le bruit d'une pomme qui tombe sur le sol, la course aquatique d'un ragondin et le récit poignant d'un adolescent qui parle du suicide.



La nature du lien que Lénaïc Eberlin entretient avec le mythe de l'homme Jaguar est indissociable du rapport avec les adolescent(e)s Teko des Singes Hurleurs.



Un voyage d'investigation et de recherche en forêt amazonienne se poursuivra février 2019, puis une

résidence de création avec les jeunes est projetée en juillet 2019 en Guyane puis une tournée en octobre 2019 toujours en Guyane pour la diffusion de leur spectacle et aussi celle de l'homme Jaguar en version in-situ. Le dossier complet des Singes Hurleurs est disponible en annexe.



Myriam Pellicane, metteuse en scène de l'Homme Jaguar.


L'homme Jaguar
Zawa-Pinim


Dans ce spectacle le panorama sensoriel s'élargit : la voix, la parole suivent les gestes archaïques du chasseur, du pêcheur, du cuisinier, du danseur, du guerrier.

Tel un Cendrillon égaré dans la jungle amazonienne, le corps en jeu de Lénaïc Eberlin piste les traces d'un peuple presque éradiqué.

Un chemin intime, fragile mais déterminé.



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Origines
l'homme Jaguar, Zawa-Pinim est une « splendeur volante » parce qu'il est tout à la fois Chimbé, Chauve-Souris Géante. C'est un Dieu dans la tradition orale amazonienne.

Comme tout un chacun, Hommes, Femmes, Trans, Esprits, Animaux et Dieux mutualisent leurs pouvoirs, vivent en guerre dans une harmonie perpétuelle, une équité parfaite.



Comment un homme blanc ou une femme blanche, enfants de la civilisation industrielle peut arriver à comprendre ceci ? Le secret réside dans la double essence, dans le jeu des correspondance, dans la poétique des Dieux sauvages originels :



« Jadis, l'homme Jaguar marchait dans les airs, en un clin d'oeil il s'élevait dans le ciel et se perdait derrière les nuages. Il chantait et à chaque fois que sa voix montait, ses pieds se détachaient du sol... »

extrait de l'homme-Jaguar. Lénaïc Eberlin

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L'homme Jaguar : un mythe post-apocalyptique
Le Mythe de l'homme Jaguar, une alternative : le retour à un rite de passage pour nos sociétés adolescentes.

.Pour en révéler la force et la beauté, nous entrechoquons le mythe ancestral de l’Homme Jaguar à la dure réalité, aux expériences vécues, et aux témoignages.

« Il faut ré-inventer sans cesse, soit les choses disparaissent soit elles prennent une nouvelle forme. La tradition n’est pas quelque chose de fixe, elle a toujours évolué ».

(Eric Navet, ethnologue, France Inter dans l’émission Voyage en terre d’Outre mer du 30/07/2017)



Les protagonistes du mythe de l'homme Jaguar reprennent possession de la forêt amazonienne.

Ils émergent des blessures profondes de la jungle entre décharges et bidonvilles,

ils ont muté, il se sont transformés.
A l'image de leurs ancêtres mi-homme mi-Jaguar, mi-dieux, mi-animal, ils sont protéiformes.

Sous un masque de jaguar qu'ils vissent à l'arrière de leurs têtes, comme les enfant des cités mettent leurs casquettes sur le côté, ils nous montrent à travers leurs corps tatoués leurs identités envoûtantes.

Ils témoignent aujourd'hui, mieux qu'un Boogie Man, qu’un Hans-Trapp ou qu’un Christkindel alsaciens, nos exclus, nos démons. Ils régénèrent le mythe en assumant résolument leur fonction de référents dans la résurgence des nouveaux héros légendaires.



« Il faut être fort pour aimer notre terre

Il faut être fort pour entrer dans nos rêves

Je n'ai pas peur, je suis le héros légendaire Teko-Makan »

Mouro Remy Sillele, Teko14 ans, Baloulou collectif des Singes Hurleurs






Le photographe Miquel Dewever-Plana publie un livre bouleversant où il nous raconte le paradoxe des amérindiens wayana, wayâpi et teko.
Qu'est ce qui fait que je suis moi? les traits de mon visage, les habits que je porte? ma posture? les traits de mes parents? mon regard? celui des autres?
à 7000 kilomètres de la métropole, sur des terres délaissées de Guyane qui accueillent les exploits de la conquête spatiale européenne et le projet désastreux de la mine d'or qui détruit la forêt, se joue dans un silence assourdissant un drame indigne d'un pays moderne.
Dans la forêt, les adolescents se donnent la mort et ils sont si nombreux que l'on peut parler sans exagération "d'une épidémie de suicide"

Ici, Arawak-Kali'na, village Taluen, Wayana
"pourquoi les blancs savent tout et nous on ne sait rien?...
Avant je partais me coucher après avoir écouté les histoires de mon grand-père et de ma grand-mère. Maintenant c'est la télé qui me raconte des histoires....
Dans 2 ans je vais devoir quitté mon village pour aller en 6ième, ça me rend triste... en plus, on dit que ceux qui habitent dans les villes ne sont pas gentils avec les amérindiens...mais je n'ai pas le choix.."


Il faut lire le livre de Miquel Dewever-Plana ... d'une rive à l'autre....Ici Tania Pinto Tavares.... Wayâpi, commune de Camopi.. " J'ai eu mon premier enfant à 17 ans et je viens d'accoucher du deuxième. Je ne veux pas avoir plus de deux enfants parce que c'est trop fatiguant. J'ai demandé à ma mère de me donner un remède pour ne plus en avoir. Elle sait faire ça avec des plantes qu'elle cueille en forêt, mais elle me dit que je suis trop jeune et qu'un jour je risque de le regretter car le remède est définitif. Ici, contrairement à moi, la plupart des gens souhaitent avoir beaucoup d'enfants. Entre le RSA et la CAF on peut gagner beaucoup d'argent sans travailler. Et beaucoup ne vivent que de ça. La situation des femmes n'a malheureusement pas beaucoup évolué car elles souffrent toujours autant de la brutalité des hommes. Tout au long de sa vie, ma pauvre mère a subi la violence des coups. Elle était toujours tellement couverte de bleus que les gens pensaient qu'elle peignait son corps de génipa ( l'encre qui sert à tatouer) .. à l'époque où elle vivait avec son premier époux, il n'y avait pas de suicides, mais si c'était aujourd'hui ma mère me dit qu'elle se serait déjà pendue. ."


Photo et rapporteur : Miquel Dewever-Plana .............. Edward Jean-Baptiste, Anôgog, Wayâpi/Teko commune de Camopi. " Il était temps que je revienne chez moi, retrouver ma forêt et mon fleuve. Pourtant j'ai bien aimé mes trois années passées sur le littoral... mais je m'y suis perdu. J'y suis allé pour faire un BEP que des profs ont choisi pour moi et qui ne m'intéressait pas. Du coup je manquais beaucoup l'école, et avec mes camarades j'ai commencé à fumer du cannabis et à boire de l'alcool fort. Chaque fois un peu plus. Avec eux, j'ai fait pas mal de bêtises. Quand je suis rentré au village, sans diplôme, j'étais vraiment dans un sale état. Au bourg j'ai eu la chance de faire une formation  d'animation et de prévention contre l'alcool, la drogue, mais aussi le suicide. J'avoue que cela  m'a permis de me sortir aussi de mes propres addictions. Je pense que cette formation m'a sauvé. Maintenant je travaille avec une association  pour faire de la prévention dans mon village. Même si cela a toujours existé, depuis quelques années, les suicides dans les territoires amérindiens ont beaucoup augmenté. Des associations, des médecins ou des sociologues essaient de faire de la prévention, mais il y en a toujours autant. Peut être notre problème résulte du fait  qu'il n'y a plus de grands chamanes à Camopi. Le dernier est mort quand j'avais 7 ans. A cette époque, il y avait peu de suicides car il nous protégeait des mauvais esprits.."


Amandine Mawalum Galima, le 18/06/2018 à Saint-Laurent du Maroni
< auditions finales débat public Montagne d’Or >

« Mesdames et messieurs,
je suis venue à vous en tant que porte parole du mouvement Jeunesse Autochtone de Guyane.
Voilà plus d'un an qu'avec mes sœurs et frères nous luttons pour mettre fin à cette absurdité qu'est le projet nommé « Montagne d'or ».

Nous avons tenté de faire valoir nos droits et notre parole, et au vu des tournures actuelles, nous avons réussi !
A plusieurs reprises, les autorités coutumières, qui sont les garants de nos communautés, se sont positionnées contre. Nous avons tenté d'expliquer nos craintes et nos réticences à la Montagne d'Or, qui dans le plus grand mépris a refusé le dialogue, en déshonorant un rdv à la demande des autorités coutumières. Cela car nous avons refusé la présence d'hommes armés : nous nous sommes engagés à assurer leur protection. Et malgré cela, ils ont rompu le dialogue. Pour nous, il est important qu'un dialogue, aussi compliqué qu'il soit, se fasse sans la présence d'arme.
Autour du site de la Montagne d'or existent 15 montagnes couronnées, des sites sacrés, des vestiges de nos ancêtres, de notre passé, de notre histoire. Comprenez que nous ne pouvons tolérer qu'un tel sacrilège soit fait sur notre territoire.
Pour le respect de notre passé et de notre avenir, nous promettons d'être toujours sur le chemin de la Montagne d'or. Nous sommes les héritiers d'un passé lourd, de blessures douleureuses, mais nous relevons la tête en ce jour !
Oui ! En ce jour les Peuples Premiers sont debout, nous relevons la tête aux cotés de toute la Guyane. Oui ! En ce jour nous souhaitons apporter un message d'espoir, nous ne sommes pas obligés de détruire, nous pouvons faire autrement, il suffit de le vouloir, il suffit d'oser !
En ce jour nous osons mettre au défi, à travers la Montagne d'Or, ce monde dirigé et animé par l'avidité de richesses et de pouvoir, ce monde déserté de respect et d'honneur.. Dans la lignée de nos ancêtres, nous nous battrons contre ceux qui traversent les océans pour ne mener que désespoir et destruction.
Mon message est rempli d'émotions et de sentiments car mon cœur est relié à cette terre, cette terre qui souffre des maladies que vous apportez. Les chants de mes ancêtres résonnent à travers nos âmes et le son des tambours nous murmure qu'il ne faut rien lâcher.
Oui, je n'évoque pas les chiffres, car le monde n'est pas composé de chiffres, mais de différentes formes de vie, qui dépendent les unes des autres. Il n'y a pas que ce vous voyez avec vos yeux, respectez le monde visible et invisible.
Je suis jeune, et je vous annonce que ce n'est pas de cet avenir que la jeunesse guyanaise a besoin. Il existe d'autres voix.

Je suis une femme, je porterai la vie en moi et je donnerai des enfants à cette terre, dans un monde où vous n'existez pas !
Je ne perdrai pas plus de temps avec vous, je m'en vais rejoindre la Guyane qui m'attend dehors, cette Guyane qui vous montre son opposition, je m'en vais rejoindre cette petite dizaine de personne qui disent en ce jour haut et fort NON A LA MONTAGNE D'OR !
Mesdames et messieurs, c'est bien que vous soyez de passage, vous nous avez fait comprendre ce que nous ne voulons pas !
Je vous souhaite de trouver le chemin du retour, sondez le fond de vôtre âme, cherchez-y une once d'humanité et guerrissez vos esprits.
Je m'appelle Mawalum, qui veut dire la dernière ombre, je suis l'esprit qui réside dans les racines des arbres et je vous mets au défi d'essayer de nuire à mon pays !
Merci. »








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