Le Mythe de l'homme-Jaguar - Projet Lénaïc Eberlin - Guyane






Zawa-Pinim Makan, l’Homme Jaguar 

Bardaf ! Compagnie Lénaïc Eberlin Création 2018-2019

Lénaïc Eberlin - Conception et récit
Philippe Rieger (Gaston) Beatmaker, musique, création sonore

Myriam Pellicane - Accompagnement à la mise en scène
Julien Lang - Création lumière
Léa Magnien et Quentin Chantrel (Collectif Lova Lova - Cayenne) - Costumes et scénographie SebxSneaker - Création de masque(s)
Odile Kerckaert - Chargée de production
Marta Carrillo - Chargée de diffusion
Olivier Spiro - Teaser et documents vidéo
Éric Navet - Consultant, Professeur émérite d’ethnologie à l’université de Strasbourg, chercheur auprès des amérindiens Teko, Guyane Française. 






Brésil-Guyane, la frontière la plus longue de France, à l’embouchure du fleuve Oyapock et de la rivière Camopi, Lénaïc Eberlin rencontre les Teko et les Wayãpi, peuples amérindiens et français. Accompagné par l’esprit des légendaires guerriers Makan, il plonge au coeur de la mystérieuse jungle amazonienne. Il explore ce monde inconnu, interdit mais bien réel qui lui révèle une mythologie vibratoire, redoutable. Fragments de rêves, visions fugitives, Lénaïc partage les rires et la détresse des jeunes amérindiens.
Son récit témoigne de la richesse d'une mythologie cachée.
Le cri des singes hurleurs brise le silence de la nuit. Entre le crépitement des grillons, le bruissement des chauves-souris, le murmure des femmes tapirs, l'insolence de l'homme jaguar et le sifflement des oiseaux kikivi, Lénaïc Eberlin jongle entre visible et invisible.

Amazonie en chantier, terre pillée, orpaillée, décharge à ciel ouvert, pirogues courants sur le fleuve, Lénaïc voltige autour de sa platine à manioc et recueille, entre sacs poubelles et boîtes de conserves, la survivance d’une oralité saisissante.
Un voyage dont il ne revient pas indemne. 












Guyane : Non à la Montagne d'Or! 
Le Pois(s)on d'or
photo Léa Magnien -

« Zawa-Pinim Makan, L’Homme Jaguar » nous invite à quitter nos vieilles carcasses pour une aventure extravagante. Dans les marigots infestés de mercure, bouillonne, bourgeonne la fine fleur des vieilles traditions. Les enfants terribles des vieux mythes reviennent à nous, transformés et relookés. Ils sont vifs, authentiques, ils ont soif d'indépendance, ils sont intraitables.
Les récits de Lénaïc Eberlin nous rassemblent pour exorciser nos arrogances, notre statut de victime au cœur de nos sociétés malades, ils transpercent nos armures et nous donnent à manger pour le cœur.


Photo Léa Magnien
"En Guyane, mon premier choc c'est la puissance jubilatoire de la forêt amazonienne, dont je tombe amoureux.



Je rencontre la population autochtone.

Je portais déjà le mythe de l'homme jaguar. Au contact des jeunes je prends conscience que ce mythe se retrouve en morceaux authentiques, éparpillés dans telle danse, tel masque, tel regard, telle façon de cuisiner.

Cette matière composite et sauvage, par l'écho qu'elle produit en moi, me renvoie à mon identité d'artiste conteur.  

Je me livre aux jeux de la rencontre, et des pistes s'ouvrent où s'invente avec humour une folle cuisine, celle d'un chamanisme à crû qui réanime le mythe au coeur du contemporain.

J'approfondis ma présence dans le mythe et le mythe se réactive.



Il me permet de donner à voir la réalité, la vivacité des traditions et des croyances, repères agissants de ces peuples confrontés à l'orpaillage dévastateur, aux garimperos, à la pollution, aux suicide des jeunes.

Cette actualité renouvelée du mythe célèbre les rêves amazoniens. Les familles rassemblées autour du cachiri peuvent à nouveau en rire, et de façon inattendue percevoir comment nos cultures se confondent et activent des espaces de résonance et d'invention, qui témoignent de notre désarroi face à nos conditions respectives."

Lénaïc Eberlin


Le spectacle s’inspire de l’univers des mythes et des contes amazoniens confrontés à la réalité de terrain et aux problématiques contemporaines que traversent les peuples Wayãpi et Teko, côtoyés lors de nos séjours à Camopi.
Sa création débute après plusieurs mois de collectes de matériaux dramaturgiques en Guyane et en métropole.

Elle s’appuie également sur un travail de médiation pédagogique et culturelle, un projet de création que la Compagnie mène à Camopi auprès d’un collectif constitué de onze collégiens, Les Singes Hurleurs.
Ils seront les invités du festival L’Avide Jardin, édition spéciale Guyane qui se déroulera du 26 août au 2 septembre 2018 à Muttersholtz.

Ces rendez-vous ainsi que le festival L’Avide Jardin 2018, font partie intégrante du processus de création.

 


Ils sont onze amérindiens français âgés de 13 à 16 ans. 

Ils vivent en Guyane, au sein de la 3ème plus grande commune de France (en superficie), Camopi. Plus précisément dans quelques uns des petits villages qui bordent les berges de la rivière Camopi et du fleuve Oyapock, à la frontière brésilienne, en Amérique du Sud.

Trycia, Jean-Louis, Muriella, Dimmy Paul, Juliette, Ricardo, Silleive, Dany, Apoline, Mouro et Jean- Claude, sont scolarisés dans le bourg, au Collège Paul Suitmann.
Ils s’y rendent chaque matin en pirogue.
Il n’y a pas de lycée sur le fleuve. S’ils souhaitent poursuivre leurs études, ils devront se rendre sur le littoral à Kourou ou à Cayenne, à une journée de pirogue de Camopi. Certains quitteront la Guyane pour la métropole. Dans un cas comme dans l’autre, ils devront trouver un hébergement au sein d’une famille d’accueil et le financer.

Certaines communes amérindiennes ne disposent pas de collège. Dès 11 ans, les jeunes quittent leur famille pour se rendre dans un internat. Bon nombre de ces jeunes sont en échec scolaire et durant leur absence, ils n’auront pas acquis les bases de l’enseignement traditionnel indispensable au mode de vie du fleuve. Tiraillés entre deux mondes, ils subissent un double échec.

« Avec un sixième de la superficie de l’Hexagone, la Guyane est la plus vaste région française. Environ dix mille amérindiens de différentes communautés y vivent, pour l’essentiel, sur la côté et le long des fleuves. Parmi eux, les amérindiens du Haut-Maroni - et du Haut-Oyapock -, installés au coeur de la forêt amazonienne, sont victimes depuis plusieurs décennies d’un double drame qui se joue dans le silence et l’indifférence. Des conditions de vie déplorables, une acculturation forcée qui provoquent parmi les jeunes une terrible épidémie de suicides. Et l’orpaillage clandestin, source d’une catastrophe sanitaire et environnementale - par la contamination au mercure qu’il provoque - dans un véritable climat de guerre. »
Les Abandonnés de la républiques - Edition Albin Michel


Au travers de la création, nous adoptons cette posture, modernité et tradition, un récit dans lequel imaginaire et témoignages documentés s’entremêlent.
C’est un questionnement proche de nos sociétés modernes : comment résister culturellement au rouleau compresseur de la globalisation ?

Le poison industriel infeste la forêt amazonienne, la colonisation et l'orpaillage saccagent la culture des peuples amérindiens, la faune et la nature.
Aujourd’hui, les survivants nous questionnent sur le monde, ils ne nous donnent plus leur confiance si facilement et s’organisent à leur façon, pour défendre leurs droits, se relier à la sagesse des anciens et inventer, réactiver une nouvelle résistance.
Les frères et sœurs de Guyane nous dévoilent leur tempérament indomptable à travers ces figures du sacré et du sauvage.

Photo Léa Magnien
Mythe Contemporain
Au travers de la création, nous adoptons cette posture, modernité et tradition, un récit dans lequel imaginaire et témoignages documentés s’entremêlent.
C’est un questionnement proche de nos sociétés modernes : comment résister culturellement au rouleau compresseur de la globalisation ?

Le poison industriel infeste la forêt amazonienne, la colonisation et l'orpaillage saccagent la culture des peuples amérindiens, la faune et la nature.
Aujourd’hui, les survivants nous questionnent sur le monde, ils ne nous donnent plus leur confiance si facilement et s’organisent à leur façon, pour défendre leurs droits, se relier à la sagesse des anciens et inventer, réactiver une nouvelle résistance.
Les frères et sœurs de Guyane nous dévoilent leur tempérament indomptable à travers ces figures du sacré et du sauvage.

Emergeant de la décharge industrielle, ils ont muté, il se sont transformés.
A l'image de l'homme Jaguar, figure majeure des mythes amazoniens, ils sont protéiformes. Sous un masque de jaguar qu'ils vissent à l'arrière de leurs têtes, comme les enfant des cités mettent leurs casquettes sur le côté, ils nous montrent à travers leurs visages sombres, leurs identités envoûtantes, la fusion bouleversante entre bestiaire amazonien et rebuts industriels. Il nous faut témoigner humblement de ces mythes amazoniens qui régurgitent aujourd'hui, mieux qu'un Boogie Man, qu’un Hans-Trapp ou qu’un Christkindel alsaciens, nos exclus, nos démons, pour purger nos peurs, nos angoisses et toucher cette tranquillité pacifique, pleine d'humour et de fantaisie propre aux amérindiens.

Nous entrechoquons les mythes et récits ancestraux à la dure réalité, aux expériences vécues, aux témoignages d’aujourd’hui. Nous en révélons ainsi la force et la beauté. À Camopi, Il ne resteque quelques éléments, quelques cycles de chants et de récits Teko et
Wayãpi. Il faut ré-inventer sans cesse, « soit les choses disparaissent soit elles prennent une nouvelle forme. La tradition n’est pas quelque chose de fixe, elle a toujours évolué ». (Eric Navet, ethnologue, France Inter dans l’émission Voyage en terre d’Outre mer du 30/07/2017)

Notre réécriture des récits amazoniens prend en compte le contexte actuel, la dualité entre modernité et tradition. Les contes forment le cadre à l’intérieur duquel s’immiscent des expériences vécues, des incursions du réel, des fulgurances poétiques, des souvenirs, des témoignages ...



Le photographe Miquel Dewever-Plana publie un livre bouleversant où il nous raconte le paradoxe des amérindiens wayana, wayâpi et teko.
Qu'est ce qui fait que je suis moi? les traits de mon visage, les habits que je porte? ma posture? les traits de mes parents? mon regard? celui des autres?
à 7000 kilomètres de la métropole, sur des terres délaissées de Guyane qui accueillent les exploits de la conquête spatiale européenne et le projet désastreux de la mine d'or qui détruit la forêt, se joue dans un silence assourdissant un drame indigne d'un pays moderne.
Dans la forêt, les adolescents se donnent la mort et ils sont si nombreux que l'on peut parler sans exagération "d'une épidémie de suicide"

Ici, Arawak-Kali'na, village Taluen, Wayana
"pourquoi les blancs savent tout et nous on ne sait rien?...
Avant je partais me coucher après avoir écouté les histoires de mon grand-père et de ma grand-mère. Maintenant c'est la télé qui me raconte des histoires....
Dans 2 ans je vais devoir quitté mon village pour aller en 6ième, ça me rend triste... en plus, on dit que ceux qui habitent dans les villes ne sont pas gentils avec les amérindiens...mais je n'ai pas le choix.."


Il faut lire le livre de Miquel Dewever-Plana ... d'une rive à l'autre....Ici Tania Pinto Tavares.... Wayâpi, commune de Camopi.. " J'ai eu mon premier enfant à 17 ans et je viens d'accoucher du deuxième. Je ne veux pas avoir plus de deux enfants parce que c'est trop fatiguant. J'ai demandé à ma mère de me donner un remède pour ne plus en avoir. Elle sait faire ça avec des plantes qu'elle cueille en forêt, mais elle me dit que je suis trop jeune et qu'un jour je risque de le regretter car le remède est définitif. Ici, contrairement à moi, la plupart des gens souhaitent avoir beaucoup d'enfants. Entre le RSA et la CAF on peut gagner beaucoup d'argent sans travailler. Et beaucoup ne vivent que de ça. La situation des femmes n'a malheureusement pas beaucoup évolué car elles souffrent toujours autant de la brutalité des hommes. Tout au long de sa vie, ma pauvre mère a subi la violence des coups. Elle était toujours tellement couverte de bleus que les gens pensaient qu'elle peignait son corps de génipa ( l'encre qui sert à tatouer) .. à l'époque où elle vivait avec son premier époux, il n'y avait pas de suicides, mais si c'était aujourd'hui ma mère me dit qu'elle se serait déjà pendue. ."


Photo et rapporteur : Miquel Dewever-Plana .............. Edward Jean-Baptiste, Anôgog, Wayâpi/Teko commune de Camopi. " Il était temps que je revienne chez moi, retrouver ma forêt et mon fleuve. Pourtant j'ai bien aimé mes trois années passées sur le littoral... mais je m'y suis perdu. J'y suis allé pour faire un BEP que des profs ont choisi pour moi et qui ne m'intéressait pas. Du coup je manquais beaucoup l'école, et avec mes camarades j'ai commencé à fumer du cannabis et à boire de l'alcool fort. Chaque fois un peu plus. Avec eux, j'ai fait pas mal de bêtises. Quand je suis rentré au village, sans diplôme, j'étais vraiment dans un sale état. Au bourg j'ai eu la chance de faire une formation  d'animation et de prévention contre l'alcool, la drogue, mais aussi le suicide. J'avoue que cela  m'a permis de me sortir aussi de mes propres addictions. Je pense que cette formation m'a sauvé. Maintenant je travaille avec une association  pour faire de la prévention dans mon village. Même si cela a toujours existé, depuis quelques années, les suicides dans les territoires amérindiens ont beaucoup augmenté. Des associations, des médecins ou des sociologues essaient de faire de la prévention, mais il y en a toujours autant. Peut être notre problème résulte du fait  qu'il n'y a plus de grands chamanes à Camopi. Le dernier est mort quand j'avais 7 ans. A cette époque, il y avait peu de suicides car il nous protégeait des mauvais esprits.."
Nous, faux-blancs-becs, bâtards, issus du néant, en perpétuel exil, nous réalisons nos limites et les peurs que notre société nous impose. Nous constatons que nos racines sont toujours illégitimes et que nos perceptions ont besoin de se confondre et de se réactiver sur des sentiers audacieux, intrépides, merveilleux pour aller vers une connaissance silencieuse, vers la prémisse d'un monde où l'on ose vouloir espérer réparation, rédemption, liberté. Tous égaux, tous différents, rien pour nous, tout pour tous, viva el Zapata.

Amandine Mawalum Galima, le 18/06/2018 à Saint-Laurent du Maroni
< auditions finales débat public Montagne d’Or >

« Mesdames et messieurs,
je suis venue à vous en tant que porte parole du mouvement Jeunesse Autochtone de Guyane.
Voilà plus d'un an qu'avec mes sœurs et frères nous luttons pour mettre fin à cette absurdité qu'est le projet nommé « Montagne d'or ».

Nous avons tenté de faire valoir nos droits et notre parole, et au vu des tournures actuelles, nous avons réussi !
A plusieurs reprises, les autorités coutumières, qui sont les garants de nos communautés, se sont positionnées contre. Nous avons tenté d'expliquer nos craintes et nos réticences à la Montagne d'Or, qui dans le plus grand mépris a refusé le dialogue, en déshonorant un rdv à la demande des autorités coutumières. Cela car nous avons refusé la présence d'hommes armés : nous nous sommes engagés à assurer leur protection. Et malgré cela, ils ont rompu le dialogue. Pour nous, il est important qu'un dialogue, aussi compliqué qu'il soit, se fasse sans la présence d'arme.
Autour du site de la Montagne d'or existent 15 montagnes couronnées, des sites sacrés, des vestiges de nos ancêtres, de notre passé, de notre histoire. Comprenez que nous ne pouvons tolérer qu'un tel sacrilège soit fait sur notre territoire.
Pour le respect de notre passé et de notre avenir, nous promettons d'être toujours sur le chemin de la Montagne d'or. Nous sommes les héritiers d'un passé lourd, de blessures douleureuses, mais nous relevons la tête en ce jour !
Oui ! En ce jour les Peuples Premiers sont debout, nous relevons la tête aux cotés de toute la Guyane. Oui ! En ce jour nous souhaitons apporter un message d'espoir, nous ne sommes pas obligés de détruire, nous pouvons faire autrement, il suffit de le vouloir, il suffit d'oser !
En ce jour nous osons mettre au défi, à travers la Montagne d'Or, ce monde dirigé et animé par l'avidité de richesses et de pouvoir, ce monde déserté de respect et d'honneur.. Dans la lignée de nos ancêtres, nous nous battrons contre ceux qui traversent les océans pour ne mener que désespoir et destruction.
Mon message est rempli d'émotions et de sentiments car mon cœur est relié à cette terre, cette terre qui souffre des maladies que vous apportez. Les chants de mes ancêtres résonnent à travers nos âmes et le son des tambours nous murmure qu'il ne faut rien lâcher.
Oui, je n'évoque pas les chiffres, car le monde n'est pas composé de chiffres, mais de différentes formes de vie, qui dépendent les unes des autres. Il n'y a pas que ce vous voyez avec vos yeux, respectez le monde visible et invisible.
Je suis jeune, et je vous annonce que ce n'est pas de cet avenir que la jeunesse guyanaise a besoin. Il existe d'autres voix.

Je suis une femme, je porterai la vie en moi et je donnerai des enfants à cette terre, dans un monde où vous n'existez pas !
Je ne perdrai pas plus de temps avec vous, je m'en vais rejoindre la Guyane qui m'attend dehors, cette Guyane qui vous montre son opposition, je m'en vais rejoindre cette petite dizaine de personne qui disent en ce jour haut et fort NON A LA MONTAGNE D'OR !
Mesdames et messieurs, c'est bien que vous soyez de passage, vous nous avez fait comprendre ce que nous ne voulons pas !
Je vous souhaite de trouver le chemin du retour, sondez le fond de vôtre âme, cherchez-y une once d'humanité et guerrissez vos esprits.
Je m'appelle Mawalum, qui veut dire la dernière ombre, je suis l'esprit qui réside dans les racines des arbres et je vous mets au défi d'essayer de nuire à mon pays !
Merci. »








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