PEKÂNE création Thierno Diallo 2020




Pekâne
Récits épiques des pêcheurs Toucouleurs
Mythes Peuls issus de l'oralité d'Afrique de l'Ouest
L'épopée de Balla Dieri

Création 2020
Conception, adaptation, récit : Thierno Diallo
Création musicale : Nicolas Poisson
Accompagnement artistique, regard extérieur, aide à l'écriture : Myriam Pellicane

Public : ados/adultes
à partir de 11 ans, classes de collèges et lycées
diffusion adaptée pour les salles de spectacles et autres lieux
fiche technique disponible sur demande
Possibilité d'une rencontre, échanges, discussions sur une thématique choisie.
Budget : à définir suivant le nombres de représentations

Production : La Cie Diakartlo (Thierno Diallo) et la Cie Izidoria (Myriam Pellicane), Lyon.
Co-prod : les Arts du Récit en Isère, La Cité des Contes de Chiny (BE)
Partenaires actuels : Le Festival des Contes Givrés en Bourgogne, le Collectif MusiKedo, Lyon.
Compagnonnage : Union Régionale des Foyers Ruraux Poitou Charente
Génèse du spectacle : La Compagnie du Cercle, Paris.

 
« Je ne sais pas qui est étranger sur cette terre. »


L'histoire de Balla Dieri

Balla Diéri est un ceddo, un guerrier qui a pour seule richesse sa beauté, son cœur et son âne.

Il est choisi pour aller chercher des provisions de mil de l'autre côté du fleuve Sénégal, dans un village de pêcheurs qu’il ne connaît pas, au Fouta Tooro.

Balla Diéri se retrouve au cœur de la vie des pêcheurs, il s’intéresse à leur métier qu’il apprend tout d'abord en observant. Il essaie de s’insèrer dans cette nouvelle société mais lorsqu’il tombe amoureux de la fille du chef, les problèmes commencent et lui rappellent qu’il reste un étranger dans cette communauté, malgré ses efforts et malgré sa volonté d’en faire partie.



Les ancêtres et l'actualité

Thierno Diallo a choisi ces épopées car elles font apparaitre de nombreuses thématiques qui nous touchent actuellement. À travers le récit de Balla Dieri, il se penche sur la difficulté d'être à la fois

accueilli et rejeté, il nous parle du poids de la société sur les choix individuels, du désir de changement des nouvelles générations, de l’amour qui s’affranchit des frontières… Autant de sujets contenus dans le récit de ses ancêtres et qui sont toujours d'actualité.

 
« les poèmes mythologiques ne sont plus que des murmures indisdincts, des souffles de vent à l'orée des bois maigres »



Ainsi, au fil du temps, depuis des siècles, ces récits animistes créent et recréent cette langue épique. Le long du fleuve Sénégal, ils s'adaptent et se mêlent, de la poésie ancestrale en passant par l'Islam jusqu'à la parole scandée des quartiers métissés ; dans un dernier geste de résistance, luttant contre la dépersonnalisation de l'aire coloniale, les ravages de la déforestation, d'une savane qui n'est plus herbeuse et de l'attrait des grandes villes.

INTENTIONS

« La première fois que j’ai entendu Guélaye Ali Fall, l'un des plus grands chanteurs de Pekâne, chanter l'épopée de Balla Dieri, c’était sur une bande magnétique. J’ai été fasciné par sa voix, et par le rythme qu'il utilisait, un débit rapide parfois saccadé, toujours vivant sans accompagnement musical. C’est le déclic qui m’a projeté dans l’univers des épopées. »

Thierno Diallo



Pekâne : ainsi les pêcheurs du fleuve Sénégal ont nommé leur genre épique favori. Il rassemble de nombreux récits accompagnés de musique. Ces récits portent sur les exploits de héros légendaires ou devenus tels, qui ont tous en commun d'appartenir à la communauté des pêcheurs et d'être dits en langue peule.

La communauté Toucouleur, qui est très présente le long du fleuve Sénégal a conservé la langue et la mythologie des peuls, qui sont plutôt un peuple pastoral. L'épopées de Balla Diéri vient de cette communauté Toucouleur, traditionnellement tournée vers la pêche et l’agriculture. Le Pekâne risque de ne pas connaître de nouveaux développements car le niveau des fleuves baisse, beaucoup d’espèces de poissons ont disparu et la pêche fluviale ne peut plus être transmise à la jeunesse.

« Il est important pour moi de rendre hommage au grand chanteur de Pekâne Guélaye Ali Fall, et à tous ceux qui ont participé à la conservation de ce patrimoine oral. Aujourd’hui j’ai voulu réactualiser ces récits, en leur apportant un nouveau regard, et une portée universelle. »

Thierno Diallo

 
Avant l'arrivée des armes modernes meurtières dévastatrices, le Pekâne exprimait la vie sur le fleuve et les rapports entre les pêcheurs et les crocodiles mangeurs d'hommes ou les redoutables hippopotames qui n'étaient pas des bêtes ordinaires...

Ces hommes étaient intimement liés au fleuve, ce n'était pas seulement des hommes prompts à raconter des histoires mais des hommes d'histoires.

Les combats avec l'hippopotame se passaient à coups d'incantations magiques que les hommes maniaient avec la promptitude du pêcheur.

Le récit Pekâne touche la geste d'origine, des récits d'initiations chantés, scandés, racontés.

C'est cette langue que Thierno Diallo envoie avec détermination, pour mettre à l'honneur la puissance des femmes, la beauté dangereuse du fleuve, les rêves d'émancipation et le désir d'intégration.

Avec une gouaille qui personnifie, assome, trouble, emporte et désarçonne, Thierno Diallo nous offre la mesure de ces récits à la fois sobres et considérables.

Évoquant les têtes à têtes nocturnes poétiques et les arts de la pêche transcendés depuis toujours à travers les eaux mystérieuses du fleuve où se mêlent les sons, les voix et les combats.

2017, LA GÉNÈSE
En 2017 la Compagnie du Cercle a bénéficié d’une aide de la DGCA au ministère de la Culture et communication, pour son projet Singulier/Pluriel et a accompagné avec la Chartreuse - CNES trois conteurs issus des labos menés par Abbi Patrix : Alexandra-Shiva Mélis, Thierno Diallo et Najoua Darwiche.

Ainsi, Abbi Patrix au cours de plusieurs résidences a travaillé la génèse du projet de Thierno Diallo en apportant son point de vue original sur la façon d'aborder les épopées.



À l’occasion d’une résidence à La Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, Thierno Diallo prends le temps de s'interroger sur le rôle et la place des femmes avec Catherine Monin, écrivain.

Depuis, dans ces épopées très centrées sur les hommes, Thierno Diallo porte son attention sur les grandes figures féminines de la tradition.

Il cherche à dépasser les préjugés masculins ou féminins et présenter des histoires qui sont comme la vie, où les raisons de nos actes sont multiples.

En partenariat avec la Muse en Circuit, pôle d'expérimentation musicale et technique, Thierno Diallo rencontre Sébastien Béranger, ensemble ils créent des ambiances sonores électro-acoustique, inventent un univers musical évoquant la cullture Peul et Toucouleur.

La création son se fait avec le Festival Rumeurs Urbaines à Paris.

Les avant-premières ont été joué ici :

Anis Gras, Le lieu de l’autre (Arcueil, 92)

La Muse en Circuit, Centre National de Création Musicale (Alfortville, 94)

La Chartreuse, Centre National des Ecritures du Spectacle (Villeneuve-lès-Avignon, 30)

Festival Rumeurs Urbaines (Ile-de-France) dirigé par Rachid Akbal



2020, L'AVENTURE CONTINUE À LYON
Partenaires de longue date, Thierno Diallo et Myriam Pellicane conteuse, ouvrent de nouveaux espaces d'investigations pour la suite de la création Pekâne.

Au sein de la Compagnie Izidoria, Myriam Pellicane accompagne le questionnement artistique et l'organisation des résidences. Son expérience, sa recherche vocale et sa transmission auprès des conteurs et conteuses nouvelles générations depuis des années réanime la fonction même des langages et des mythes.

Avec Thierno Diallo, ils partagent la passion des récits incantatoires de la grande tradition orale contemporaine, ils ont le désir de faire se rejoindre la sublime poétique ancestrale avec la réalité d'ici et maintenant.

Ils lancent un appel pour trouver un musicien et rencontrent Nicolas Poisson, sa maturité instrumentale lui permet d'emporter le récit pour un vrai voyage organique.



THIERNO DIALLO

Thierno Diallo raconte pour les petits comme pour les grands, des contes d’Afrique et d’ailleurs, dans les festivals, les bibliothèques, les théâtres, les centres sociaux, les écoles.

Lauréat du Grand Prix des Conteurs 2006 à Chevilly-Larue, il a fait partie pendant trois ans de l’équipe du Labo à La Maison du Conte de Chevilly-Larue. Il y a travaillé avec Abbi Patrix, Pépito Matéo, Praline Gay-Para, Didier Kowarsky, Michel Hindenoch. 

Il crée en 2008 Les femmes du Waalo, coproduit par le festival du conte de Limoges, avec le soutien de la Maison du conte; puis Koumba avec le harpiste Florian Genilleau.

En 2011 il adapte et met en scène La randonnée de Samba Diouf ou le parcours d’un jeune berger enrôlé de force parmi les tirailleurs sénégalais de 14-18, avec la flûtiste contrebassiste Lisa Raphel. Il enchaîne avec Kalika le plumeur de lune, d’après un conte de G. de Cagliari où il explore le handicap physique.

Thierno Diallo est membre fondateur de l’association Amoon na fi qui a pour objectif de maintenir et diffuser la tradition orale en France comme au Sénégal. 

Depuis 2008, Thierno DIALLO, natif du Sénégal, organise un festival du conte à Dakar et à Hann, en banlieue de Dakar. 

En 2014, il crée la compagnie Diak’art lo qui regroupe les artistes, musiciens et techniciens. Ce nom est un jeu de mot provenant de «Jaakaarlo» qui signifie «faire face» en wolof.

Il inscrit sa pratique de conteur dans la vie, car il a la conviction que le conte crée des liens entre les gens.

MYRIAM PELLICANE

Née à Tunis aux douze coups de midi, d’un père immigré sicilien et d’une mère issue de la pure campagne française, Myriam PELLICANE a grandi en Algérie dans une famille itinérante (le père ayant pour tâche de construire des puits dans le désert).

Arrivée dans le 93, elle devient urbaine dans la cité de la Courneuve, et de temps à autre s’échappe et s’improvise bergère, flânant entre légendaire chrétien et diableries. À l’adolescence, elle débarque à Lyon, capitale de la sorcellerie, ville carrefour. Avec ses copines, elle monte un groupe punk, avec lequel elle fera ses premières scènes dans les MJC locales.

En 2000, elle trouve le nord et devient conteuse.

Toujours à l'affût sur les pistes perdues ou défendues, elle traque les mythes les plus archaïques dans la jungle contemporaine, entre révolte et traditions, émancipation et décolonisation. En rêveuse acharnée, elle questionne la rencontre des arts, des perceptions, des limites. Elle œuvre hors des zones de confort pour donner en partage une parole singulière, sacrée, décalée.

Sa recherche se développe au sein du réseau national des Arts du Récit (aussi l’Afrique, le Québec, la Guyane, la Belgique). Puis, elle englobe la performance, la voix, les musiques traditionnelles, la poésie, le Kung- Fu, le manga-live, le rock, les musiques innovantes ou improvisées...En 2005 elle devient directrice artistique de la Compagnie Izidoria à Lyon avec laquelle elle crée des solos, des impromptus, des collectifs et l'évènement DIRE qui regroupe 21 conteuses de toutes générations (France/Belgique/Suisse/Haiti) un regroupement exclusivement féminin d'artistes à la rencontre de la parole publique.

Depuis quelques années elle se consacre à la transmission pour une dizaine de conteurs et conteuses pro. au sein de l'école Noire, un laboratoire de recherche sur les rituels, la voix et les traditions orales et en particulier, elle accompagne et dirige plusieurs conteurs et conteuses pour leurs créations personnelles.

NICOLAS POISSON

Nicolas Poisson // Compositeur et multi-instrumentiste né le 28 novembre 1977 // Basé à Lyon // Membre fondateur des groupes NED, THE RUBIKS, TOTALE ECLIPSE, SATHÖNAY, Il écrit aussi de la musique pour le cinéma et le théâtre dans des styles aussi contemporains que bruitistes. Aussi rock qu'électro-acoustiques, aussi minimaliste qu'orchestral. La musique de Nico Poisson transcende les genres et se construit comme un voyage organique et cinématique à la fois fragile et épique.

Il commence le violon à 6 ans en école de musique, le délaisse à 14 pour la guitare électrique qu'il apprend en autodidacte. Premières scènes dès 18ans.

Adulte, perfectionnement en musiques actuelles dans la classe de Gilles Laval à l’École Nationale de Musique à Villeurbanne.

Nico Poisson se produit sur scène très fréquemment à travers l'Europe et l'Amérique du nord et a joué dans des lieux prestigieux tels que le grand Palais, le palais de Tokyo à Paris, les subsistances, le transbordeur, le festival Nuits sonores à Lyon, le Grim Montevideo à Marseille, le M.A.C de Lyon.

Sa musique est éditée par les labels S.K records, African tape, Réjuvénation.

BIBLIOGRAPHIE 
Les épopées d'Afrique noire

Par Lilyan Kesteloot et Bassirou Dieng

Aux éditions Karthala. 2009

poèmes ''Jaakaar lo'' (faire face)

par Mapie Emotion

Audio – Aspects de la littérature pulaar en Afrique occidentale

Mamadou Diallo sur : Tène Youssouf GUEYE

Les presses de l’imprimerie nouvelle. Nouakchott, 1980.



 
Seul contre tous : deux récits épiques des pêcheurs du Fouta Toro

Ségou Bali, Balla Diérel chantés par Guélaye Fall : textes et analyse

Par Amadou Abel Sy

Aux Nouvelles éditions africaines. Dakar, 1978

Guélaye Aly Hamidine Samba Aly Mody Fall est sans doute l’un des artistes Pulaar qui a le plus marqué de son talent le siècle dernier.

Le vulgarisateur du « Pekâne » cette musique où seule la voix constitue un instrument pour narrer les combats, les exploits du Thioubalo, grand maître des eaux du fleuve est né un jour de l’an 1900 à Aram près de Médina Ndiathbé.

Sa vie a pris fin en 1971 laissant une exceptionnelle œuvre artistique, truffé de chefs d’œuvres devenu patrimoine commun de toute la communauté Pulaar.

Ses contemporains nous parlent d’un nomme beau, d’une élégance et d’une éloquence hors du commun. Une canne à la main, un chapeau traditionnel toujours suspendu au dessus de la tête, de beaux boubous traditionnels couvraient toujours la silhouette élancée de celui qui a sublimé la mémoire collective avec l’histoire de : « Balla Diéri », « Sékou Bali », de « Hameth Birome Mody Comé », de « Falémé » et de tant d’autres chefs d’œuvres de son fertile répertoire.

Tel fût l’illustre homme, qui a marqué sa génération et continue de marquer encore beaucoup.

 
Thierno Diallo a écouté le vieux sage dans son village, il raconte avec cette voix lente qui crée le monde autre, parfois les phrases sont lancées, répétées, avec l'intervention irrégulière d'un refrain. Il passe d'une voix rythmée au chant parlé, il a des inflexions de voix accompagnées de geste parole, vision, une courte pause et Thierno Diallo se lève.

Au Sénégal, ses amis aiment les contes-épopées, les conteurs-chanteurs, ils sourient de plaisir, en petits groupe, à écouter Thierno Diallo.

Il revient dans son village près de Dakar, de retour de France, il raconte à ses amis le récit des départs manqués. À la question « Que ferais tu à ma place ? », il s'étonne des risques pris pour un avenir sans grande chance en Europe, aux mères qui tentent de s'organiser pour que cesse les départs, à son embarquement vers Paris en croisant ceux qui sont ramenés en avion...

Il pense au parcours de Balla Dieri, l'étranger, qui découvre la vie des pêcheurs Peuls, ce qui lui font subir. Il pense aussi au soutien de la fille du chef, à cette fin heureuse...

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